La diversité géographique de Cannes : un trompe-l’œil

Une pléthore de stars est attendue à Cannes où s’ouvre aujourd’hui le célèbre festival de cinéma. C’est ce que j’ai entendu ce matin à la radio. Robert de Niro, Woody Allen, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Marion Cottillard, Juliette Binoche etc. Bref, rien de nouveau sous le soleil… pluvieux de Cannes. Ces personnalités partagent la même particularité dans cette manifestation censée être de portée mondiale : ils sont caucasiens comme on dit aux Etats-Unis c’est-à-dire blancs. « C’est un festival où il y aura une extraordinaire diversité géographique ». Extraordinaire ? Je préfère croire que Thierry Frémaux, le délégué général du festival de Cannes, voulait lancer une boutade en affirmant cela. La Chine et l’Inde sont absentes. Seul le film Eshtebak de l’Egyptien Mohamed Diab concourt dans la catégorie Un certain Regard pour rappeler que le monde englobe aussi l’Afrique et les pays arabes. Pas seulement l’Occident. Certes, le processus de sélection impose des règles auxquels se plient tous les cinéastes candidats, mais, franchement : parmi les 2 milliards et demi d’Indiens et de Chinois réunis, n’existe-il réellement aucun cinéaste susceptible de trouver grâce auprès des sélectionneurs du festival ? La question mérite d’autant plus d’être posée que ces deux pays ont été très tendance à la Croisette il y a une dizaine d’années.

L’invisibilité dans laquelle la société française s’obstine à maintenir ses citoyens issus des minorités dites visibles est révoltante, voire décourageante. On se surprend à espérer un profil plus hétérogène des metteurs en scène qui se présentent dans la compétition internationale de Cannes. C’est oublier que l’équipe dirigeante provient des fameux cénacles parisiens férocement attachés à leur entre-soi, régulièrement fustigés par les mouvements antiracistes.

Alors que faire ? Dernièrement, je suis allée voir le film Adopte un veuf qui met en vedette André Dussollier, acteur qui m’a toujours été sympathique. Mais même dans un film aussi léger, qui ne fera pas saillie dans sa carrière, l’invisibilité m’éclate en pleine figure. Par l’absence de ceux qui me ressemblent, je suis renvoyée à ma négritude, en d’autres termes, racisée. J’ai rencontré le communautarisme blanc. Les Afrofrançais sont les éternels exclus du cinéma et du théâtre français et même à Cannes, ils se voient refuser le plaisir d’y voir leur continent d’origine concourir. La solution ? Elle nous vient de l’autre côté de l’Atlantique, de nos frères américains : for us, by us ; pour nous, par nous. Nous produire nous-mêmes pour nous mêmes et pour ceux que nos productions cinématographiques intéresseront, noirs ou pas. C’est ce qu’ont compris depuis longtemps des comédiens comme Félix Eboué, Thomas Ngijol ou le controversé Dieudonné. Que le mouvement s’intensifie : soyons de plus en plus nombreux à produire et de plus en plus rares à quémander le respect de ces communautaristes !

PS : Par anticipation, comme pour faire un pied de nez à ses homologues, le magazine féministe Causette met en couverture de son numéro de mai des comédiens noirs pour illustrer l’absence de diversité dans le cinéma et le théâtre.

Nassima Heblal : au nom de toutes les résistantes d’Algérie et d’ailleurs sur le continent africain

 

10949. Elles étaient 10949 à avoir participé à la lutte de libération nationale de l’Algérie. 10949 moudjahidates – c’est ainsi qu’on les désigne là-bas – dont l’écrasante majorité n’a gagné ni la notoriété ni la reconnaissance dont jouissent aujourd’hui une Zohra Drif ou une Louisette Ighilahriz. Une réalisatrice franco-algérienne, Nassima Guessoum, a choisi de s’intéresser à l’une de ces héroïnes anonymes, Nassima Hablal, en lui consacrant son tout premier long métrage intitulé 10949 femmes. J’ai eu le privilège la semaine dernière d’assister à une projection au cœur de la capitale, non loin du Forum des Halles, en présence de la cinéaste elle même.

Le visionnage du film me laisse le souvenir émerveillé d’une vieille dame pétillante et drôle dont le détachement et l’apparente légèreté peuvent surprendre chez une ancienne combattante. Plus personne n’ignore en effet les atrocités infligées aux militantes dites indigènes et européennes pro-nationalistes par l’armée coloniale française. Et pourtant, Nassima Hablal aime fredonner des chansons populaires de cette époque, qui respirent la joie de vivre. Elle plaisante souvent et ne se départit jamais d’une sérénité que seule la mort de son fils viendra anéantir à la fin du film.
10949 femmes est un hommage bouleversant rendu à une femme que les nombreux reniements du mouvement nationaliste, le Front de Libération Nationale (FLN), auraient dû remplir d’amertume. Or, ce n’est pas le cas. Est-ce parce que la nation algérienne lui a officiellement manifesté sa reconnaissance en lui octroyant une pension d’ancienne combattante qu’elle arbore un visage apaisé, dénué de toute trace de colère ?

Est-ce parce qu’elle savait que, ailleurs sur le continent, les anciens combattants sont parfois méprisés ou dénigrés en raison de leur défaite face au colonisateur ? Savait-elle qu’au Cameroun, pays frère qui lui aussi combattait au même moment pour sa liberté, le pouvoir a organisé une amnésie collective pour effacer le souvenir des maquisards de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) ? Je ne le saurai jamais : Nassima nous a quittés en 2013. En revanche, je sais que 10949 femmes a déjà été présenté à plusieurs festivals, dont celui de Yaoundé Ecrans Noirs. Selon le propre aveu de l’auteure à qui j’ai posé la question, l’idée d’établir un parallèle entre les deux guerres n’a effleuré l’esprit d’aucun spectateur camerounais. Etonnant ? Franchement, non. De nombreux Camerounais  continuent de douter de la légitimité du mouvement de résistance d’Um Nyobe et ses compagnons – s’ils en connaissent l’existence. Alors comment peut-on une seconde envisager de célébrer la bravoure des femmes dans la lutte nationaliste camerounaise ? Impossible. Du moins pour le moment.

 

 

Face à la montée des intolérances, les femmes noires s’organisent

« Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens ». Certes, mais qu’arrive-t-il à un État qui regarde trop son passé et pas assez vers son avenir? Il est menacé de déclin, de mort lente. C’est ce que vit la France en ce moment. Ce pays ressemble à un animal effarouché qui, par peur, mord, jusqu’à ses propres enfants. A moins qu’il n’ait oublié qu’il s’agissait de ses propres enfants. A moins qu’il n’ait toujours pensé au fond de ses entrailles que ces enfants-là n’étaient pas les siens…

Nous étions tous réunis samedi dernier dans l’amphithéâtre Guizot de la Sorbonne à l’occasion de la conférence organisée chaque année par l’ADEAS (Association Des Etudiants Africains de la Sorbonne). L’association avait choisi de consacrer l’édition 2016 au thème de l’afroféminisme, mouvement de défense des intérêts de la femme noire victime à la fois du racisme et du sexisme. Cinq intervenantes avaient été conviées, notamment l’historienne et politologue réunionnaise Françoise Vergès et l’ancienne journaliste camerounaise Lydie Dooh-Bunya qui est aussi une fondatrice du Modefen, première organisation afroféministe créée en France il y a 35 ans. A côté de ces doyennes du féminisme, trois jeunes femmes ont également versé leur témoignage de militante dans le débat : « Many Chroniques », professeure d’histoire-géographie, Naya Ali, journaliste au webzine madmoiZelle.com et Emy Masami, représentante du collectif afroféministe Mwasi.

L’Afrique absente du programme de géographie au collège

En plus de revenir sur les discriminations classiques de la vie quotidienne, maintes fois dénoncées par les associations antiracistes et communautaires, nos invitées ont décrit ce qu’elles avaient observé dans leur propre secteur d’activité à savoir le monde de l’éducation et les médias. Le tableau brossé est consternant : attitude condescendante des camarades blanches envers les femmes originaires des pays du Sud au sein des associations féministes dominantes, l’Afrique étonnamment absente de l’enseignement de géographie au collège et réduite à la portion congrue dans la partie histoire dudit enseignement, pas de chaire d’études africaines au Collège de France ni dans nombre de facultés françaises, persistance de l’invisibilité des Noirs dans les médias malgré les légères avancées relevées ci et là … Many Chroniques a, dans son ardente allocution, insisté sur l’impact psychologique de la minoration de l’Afrique sur les enfants et adolescents. Sa conscience politique l’a conduite à prendre courageusement sur elle de s’aventurer en dehors du programme officiel pour transmettre à ses élèves quelques éléments historiques susceptibles de leur rendre un peu de leur estime d’eux-mêmes. Pour abonder dans le sens de sa co-intervenante enseignante, Naya Ali a surenchéri en évoquant le mal être de son adolescence et la pugnacité qu’elle a développée en se revendiquant comme afroféministe. Emy Masami a affirmé n’avoir pu se sentir enfin comprise qu’en adhérant au collectif Mwasi. Les débatrices se sont bizarrement peu étendues sur la question spécifique du machisme, l’autre ressort pourtant capital de l’afroféminisme.

L’invisibilité des Noirs est organisée et la Françafrique entretenue

Paradoxalement, les mêmes médias qui s’obstinent à ignorer les Noir(e)s de France font de plus en plus souvent état d’une ruée vers l’Afrique, dépeinte comme un nouvel eldorado économique. On continue « d’organiser » l’invisibilité des Noirs en France… tout en soutenant la Françafrique. « C’est le retour du colonial », a conclu avec dépit Françoise Vergès. Certes, elle faisait d’abord allusion à l’attitude des institutions en France et pas nécessairement à la Françafrique. Mais il m’est difficile de ne pas voir de corrélation entre la gestion politique des minorités, singulièrement des Noirs, et la politique dite africaine de la France. Les Indigènes de la République ne me contrediraient pas, j’imagine. D’ailleurs, Lydie Dooh-Bunya, aiguillonnée par ses réflexes anticolonialistes, a appelé la jeune assistance à réagir à toute parole ou tout acte dénigrant le continent africain. L’anticolonialisme bien plus que l’afroféminisme aura sorti la vieille dame de son silence. Comme si la reconquête de la dignité de la femme noire passait obligatoirement par la fin de la domination coloniale, alibi du racisme. En tout cas, une chose est certaine : dans ce marasme qui accable la société française, il faut une bonne dose d’optimisme pour tenter de porter à la connaissance du public les préoccupations des Noirs et, plus particulièrement, celles de la femme noire. Toutes nos participantes – intervenantes comme spectatrices – en débordent visiblement; sinon, elles ne seraient pas venues aussi nombreuses. De quoi me rendre moi même plus optimiste.

Transférer bénévolement de la matière grise : un moyen alternatif d’aider l’Afrique

L’attente a été longue en ce samedi pluvieux du dernier weekend de janvier – plus d’une demi-heure de retard – mais elle en a valu la peine. Amzat Boukari-Yabara, historien spécialiste du panafricanisme, et Abdelaziz Moundé, journaliste consultant en relations internationales, devaient animer une conférence sur le colonialisme dans les locaux de l’auberge Le D’artagnan dans le 20ème arrondissement de Paris. L’exposé de l’universitaire puis les échanges entre les deux intervenants et le public se sont avérés riches, passionnants – et passionnés comme le sont toujours les débats sur les thèmes du colonialisme et du panafricanisme.

Néanmoins, j’ai vite compris que ce colloque offrait un judicieux prétexte à ses organisateurs pour promouvoir leur association, la DSP Afrique (Diaspora Solidaire et Participative). L’opération a opéré comme un charme : le colloque a attiré un public considérable dont la majorité ne connaissait pas la DSP Afrique. Steve Mambou Nguie, le fondateur de l’organisation, a pris la parole après le brillant exposé d’Amzat Boukari-Yabara. Nous avons ainsi découvert l’existence d’une association récente, mise en place par de jeunes Africains désireux d’aider leur continent d’origine autrement que par les transferts d’argent à la famille restée au pays ou les creusements de puits dans les villages. La DSP a choisi de mettre l’accent sur la transmission des compétences : ses membres consacrent bénévolement un temps de formation aux acteurs socio-économiques locaux pendant leur séjour en Afrique. D’ailleurs, une jeune infirmière d’origine congolaise nous a livré un précieux témoignage sur sa collaboration avec ses consœurs pendant son séjour l’an dernier dans son pays, la RDC.

Les études récentes n’ont pas pu établir que les virements effectués par les diasporas africaines, asiatiques et latino-américaines avaient un impact décisif sur le développement de leur pays d’origine. Le cas d’école du Salvador a même plutôt démontré que ces fonds pouvaient être engloutis exclusivement dans la consommation de produits importés. D’où l’intérêt de l’initiative de la DSP Afrique qui tente d’encourager un renversement du phénomène du brain drain ou fuite des cerveaux. A un niveau qu’elle reconnait certes modeste, mais indispensable. C’est le message implicite qu’elle délivre à travers son slogan « Une goutte d’eau pour l’Afrique ».

Il existe bel et bien une main d’œuvre africaine qualifiée, mais malheureusement, elle travaille en dehors du continent africain. Cette diaspora riche de son savoir-faire ne souhaite pas nécessairement revenir se confronter aux dures réalités du terrain. Néanmoins, elle est consciente de ses obligations envers un continent qui lui a tout de même financé au moins partiellement son éducation. Des initiatives de toutes sortes fleurissent partout où elle se trouve, non sans qu’ait été menée en amont une réflexion approfondie en vue d’une meilleure efficacité de l’aide apportée. « Une goutte d’eau pour l’Afrique ». Effectivement, ce sont les gouttes qui font les rivières et les océans.

DSP Afrique - Equipe

Comment parler de l’Afrique sans l’Afrique ?

Avec l'aimable autorisation de l'association Belleville en vues
Avec l’aimable autorisation de l’association Belleville en vues

Comment célébrer les héros africains sans y associer les Africains eux-mêmes ? J’ai assisté à cette prouesse lors de la soirée événement Finding Fela qui a eu lieu vendredi dernier au cinéma La Clef, une salle indépendante du 5ème arrondissement de Paris. Et les bonnes intentions de l’association initiatrice de la soirée Belleville en vues n’auront pas pu éviter cet écueil, hélas. Finding Fela est un film documentaire qui retrace la vie de l’icône nigériane Fela Kuti. Créateur de l’afrobeat, genre musical mêlant jazz, funk et highlife ouest-africain, il accompagnait sa musique de textes politiquement engagés. Ses salves verbales contre les successives juntes militaires de son pays lui ont valu un nombre incalculable de séjours en prison (dont un de deux ans en 1984). Il est décédé des suites du sida en 1997.

Bien qu’Alex Gibney soit américain, l’Afrique est présente dans le film à travers les enfants et les amis de Fela. Et pourtant, je me suis sentie lancinée pendant toute la soirée par une vague impression, sinon de récupération, de travestissement, de désappropriation politiques. Les organisateurs avaient convié Francois Bensignor, biographe de Fela, à participer au débat devant suivre la projection. La curiosité des spectateurs s’est très rapidement cristallisée sur l’héritage de Fela. Et à ma profonde consternation, la dimension politique de son œuvre et de son legs a totalement été ignorée par les intervenants qui ont pris la parole. Et pour cause. En jetant un regard panoramique sur l’assistance, on s’aperçoit que la majorité des personnes présentes sont blanches et n’ont donc aucun lien direct avec l’Afrique subsaharienne. Cette particularité s’est reflétée dans le contenu des échanges entre Francois Bensignor et le public. « Femi et Seun ont repris le flambeau… », « Yeni et Femi ont récupéré tout l’héritage matériel », « aujourd’hui, on ne joue plus l’afrobeat qu’au Shrine au Nigeria », « de nombreux groupes se sont créés dans le monde, dont le plus célèbre est Antibalabas» etc.

Fela, qui pourfendait le néocolonialisme et prônait le panafricanisme, affirmait lui-même que l’afrobeat était intrinsèquement lié à la notion d’engagement politique. « Afrobeat is not meant for enjoyment » (l’afrobeat n’a pas pour but de distraire). Le seul spectateur qui a osé une question sur l’impact de Fela sur l’évolution politique du Nigeria a conclu à la vanité de son engagement. Ce qui révèle à mon sens une méconnaissance complète de la mutation politique qui s’est produite au Nigeria et, probablement, dans le reste de l’Afrique depuis la mort de Fela. Le Nigeria de 2016 n’est pas le Nigeria de Fela ou du dictateur Sani Abacha. Les mœurs politiques se sont libéralisées et l’alternance au pouvoir y est de rigueur. Et cela, les Nigérians le doivent à des personnalités comme Fela qui, en se rebellant, ont contribué à l’émergence de la société civile dans leur pays. Réduire Fela à sa dimension musicale revient à renvoyer le Noir qu’il était à sa fonction de divertisseur du Blanc, ce qui est une insulte à son sacrifice.

Certains spectateurs ont commencé à clamer leur frustration à l’annonce de l’absence de promoteurs disposés à diffuser Finding Fela en France. Et François Bensignor de regretter l’escamotage du rôle des Français dans la percée de Fela, la part belle étant faite à son lien avec les Etats-Unis dans le film. Je prends alors conscience que dépouiller la figure de Fela de son aspect politique permet d’exclure subtilement les Africains de la revendication de ce héros. Et du coup, on n’a même plus besoin de se demander si les Africains aimeraient voir projetés chez eux Finding Fela et aussi Fela!, la comédie musicale qui a fait un carton à Broadway et qui a inspiré le documentaire d’Alex Gibney. La triste réalité est qu’en dehors du Nigeria et de l’Afrique du Sud, l’Afrique n’offre un cadre propice ni à la production cinématographique locale ni à la projection d’œuvres produites dans le grand Nord. Alors, en attendant que les Africains s’emparent de ce problème, je devrai me contenter de visionner une histoire africaine racontée par les Occidentaux… pour les Occidentaux.

Dorothy Selamo – Stubborn as a mule

Dorothy Selamo at the Ebolowa Agropastoral Show in 2011 - Courtesy of Beaugas-Orain Djoyum
Dorothy Selamo at the Ebolowa Agropastoral Show in 2011 – Courtesy of Beaugas-Orain Djoyum

“The most important thing is to deliver them. No matter how they will get there, they must and will. Even on my head, I will carry them if I have to.” Dorothy Selamo, aged 36, is a determined woman. And it is precisely that perseverance that led her to that momentous day, when she delivered the 750 packs of her much-heard-of Miondonini spaghetti. An order that was placed by the chef of Cameroon’s iconic national soccer team “The Indomitable Lions” for the run-up to the 2015 Africa Cup of Nations. Not that the chef wanted to buy Cameroonian. He merely found that pasta made of cassava lighter than the imported ones and also, he appreciated its nutritive value. The word Miondonini derives from “miondo” which means in the Duala language “cassava sticks”, a very popular dish in Cameroon. But Selamo and her five-employee team also make two other varieties out of yam and tannia in her low-profile workshop located on the outskirts of Yaounde, Cameroon’s administrative capital.

Nothing was to stop her from achieving her dream

That turning-point moment is the result of a long bumpy journey for Selamo. Born to a police officer, the Business Law graduate was taught self-reliance from an early age. After failing the entry examinations into the ENAM (National School of Administration and Magistracy) twice, she logically decided to “do [her] own things independently to help others and herself.” From that point on, nothing was to stop her from achieving her dream of becoming a successful entrepreneur in Cameroon. Not the lack of support from her family who was stunned by her husband’s decision to resign his steady and well-paid job as civil servant in order to work with her as a researcher. Not the banks which adamantly denied her the loans she desperately needed to expand her business. Not the many power blackouts which prevent her workshop’s bag sealers from running. Not the six journeys back and forth to the spring for the potable water. Nothing.

Two innovative products : Garilight and Miondonini

As are entrepreneurs worth their salt, Selamo has always been fully aware of the strengths and weaknesses of her environment. One day she realized that produce such as cassava too often went to waste in villages while malnutrition was rampant among children. Hence the idea of inventing a very nourishing cassava-based beverage she named Garilight. A beverage that subsequently won her the Best Young Female Inventor Award of the JERSIC (Excellence Week for Scientific Research and Innovation in Cameroon) in 2009.
The previous year, in the aftermath of the world food crisis, riots broke out in the main cities of the country Douala and Yaounde in February 2008. As the Cameroonian government was seeking solutions to the skyrocketing food prices, Selamo came up with an idea : why not make the same food products by replacing wheat with local tubers like cassava? Three years’ experimentation proved necessary to create Miondonini, the homegrown spaghetti supplied to the Indomitable Lions recently. It took some imagination as well to offset the usual reluctance of banks to engage in long-term investments. She partnered with other farmers and started Gariland International, a cooperative meant for its members to fund one another.

With Miondonini she has earned the country’s recognition

But for Selamo’s willpower, the order of the national soccer team might never have been executed. She was able to take out a 3.5 million CFA Francs’ loan (ca 5.300 euros) to pay her suppliers, a loan with a 15% interest rate, to be repaid within two months only. But the frequent power cuts made keeping the bag sealers going so challenging that the deadline seemed too difficult to meet. She finally made it. She did deliver the goods on time.
Today, Selamo is looking further ahead. She is negotiating with the local government to rent a disused factory. She sees bigger. She wants to get to the manufacturing stage to produce on a higher scale. « I’d like to see Miondonini on all department shelves of the supermarkets of Cameroon and Africa. And – why not – in Europe too. » Indeed, why not ?